AUTOPSIE D’UNE AUTOBIOGRAPHIE

Commençons par nous débarrasser de la question « Mais c’est quoi une autobiographie ? »

« L’analyse littéraire moderne s’accorde à définir l’autobiographie comme « un récit rétrospectif en prose qu’une personne réelle fait de sa propre existence, lorsqu’elle met l’accent sur sa vie individuelle, en particulier sur l’histoire de sa personnalité. »

Ceci est la définition Wikipédia. L’autobiographie est donc un genre littéraire et artistique, qui se caractérise par l’identité de l’auteur, du narrateur et du personnage.

 

Voici comment je définie l’autobiographie

« Je me dis pour que certains autres entendent ce que beaucoup ne peuvent mettre en mots. Je me dévoile pour que certains voiles se déchirent, et que certaines voiles propulsent les silences. » Thalia Remmil

 

Hiver 2018, mon roman Tendresse aveugle est terminé. Il s’agit de mon premier roman, dans lequel la petite Nahéma part à la recherche de sa mère disparue alors qu’elle n’avait que cinq ans. Il s’agit d’une très belle histoire d’amour entre elle et son père Greg, dans une relation extrêmement fusionnelle que l’on pourrait croire « limite pathologique ». En effet, Greg n’a jamais refait sa vie, et se consacre entièrement à sa fille comme s’il devait absolument la protéger, la rassurer, et lui épargner une certaine vérité. Cette vérité, Nahéma n’aura de cesse de la pourchasser, pour enfin trouver sa résilience. Il y a dans cette histoire un secret de famille, un mensonge silencieux que l’on sent planer au-dessus de nos personnages, comme le vol léger, mais néanmoins pesant, d’un vautour affamé.

Cette histoire me ressemble beaucoup. Elle est comme un passé exprimé de manière implicite, puis un futur imaginé comme si je voulais qu’il devienne le mien.

Alors, il ne s’agit en aucun cas d’une autobiographie, même si Nahéma porte en elle Thalia, même si son père porte le même prénom que mon père, même si cette omerta ressemble beaucoup au silence imposé aux enfants victimes d’inceste.

Nous sommes au mois de février 2021, mon 3ème livre est à la correction. Il est différent des deux autres car le personnage principal, c’est Moi. Je suis l’auteure, la narratrice, le personnage, l’héroïne.

Bien qu’il s’agisse du récit de ma vie, j’ai mis infiniment plus de temps à l’écrire. Il m’a fait mal aux tripes. C’est comme si j’avais revécu ma vie une seconde fois. Alors, c’est ça ma définition de l’autobiographie : se remettre dans sa propre peau depuis la naissance, et revivre en tentant au mieux de ressentir les émotions pour les retranscrire à travers les mots, de la manière la plus honnête possible et sans transgresser vers la fiction.

Toute la difficulté est là. Car ce qui est essentiel dans un récit de vie, c’est justement cette part intime et émotionnelle du personnage principal qui va réussir à pénétrer la part intime et émotionnelle du lecteur.

Selon moi, toute la richesse d’une autobiographie est dans la capacité de l’auteur à faire naître l’émotion comme si le lecteur avait lui-même vécu l’histoire. Car il s’agit d’une histoire vraie dans laquelle le lecteur va peut-être se retrouver. Il existe cependant des autobiographies qui ont une portée moins intimiste, qui vont révéler des parcours de vie sans entrer trop en profondeur dans les méandres psychologiques de l’auteur. Ce sont alors des textes qui se rapprochent plus des mémoires.

 

Les différents genres autobiographiques et les caractéristiques de l’autobiographie

« Récit de vie, mémoires, journal intime, Venez à Nous dans vos autoportraits. Donnez-nous la vérité dans un pacte de sincérité. Ici les masques du mensonge ne sauraient être entendus comme des témoignages de Vies. »  Thalia Remmil

 

Cette phrase se suffit à elle-même pour exprimer ce que devrait être les caractéristiques d’une autobiographie. Seul le désir de vérité devrait en cet endroit exister. Les différents genres, satellites de l’expression écrite d’une vie qui ne soit pas fictionnelle, se doivent de retranscrire dans la meilleure transparence les faits, au risque de ne pas appartenir dans le cas contraire au genre autobiographique.

 

Quels sont les enjeux de l’autobiographie ?

« On ferme les yeux des morts avec douceur ; c’est aussi avec douceur qu’il faut ouvrir les yeux des vivants. Le drame de notre époque, c’est que la bêtise s’est mise à penser. »

Jean Cocteau

 

Qu’est ce qui a bien pu me pousser à écrire ma propre vie ? En quoi suis-je légitime dans cet acte ? Qu’est-ce qui a bien pu me motiver dans cette entreprise houleuse, voire dangereuse, de me mettre à nu devant tous ceux qui me liront ?

Parce que le danger est bien réel ! Le danger de se positionner à découvert et de se faire lyncher. Le danger de prendre une double peine ! Celle de se retrouver victime de sa propre histoire dévoilée. Mais l’auteur est bien conscient de ce risque, et s’il le prend, c’est avec la conscience avertie des conséquences de ce qui pourra devenir un danger potentiel pour lui. Parce que la bêtise se met à penser, et qu’elle sévit partout en ce monde, particulièrement lorsque les médias s’emparent de manière avide autant que mercantile à la souffrance, pour en faire du sensationnel. Faire le buzz !

L’enjeu pour l’auteur, j’ose le croire, ne réside pas dans cet objectif d’une bassesse doublée d’une petitesse – absolues.

Les enjeux de raconter sa vie sont de l’ordre d’un désir humain d’apporter quelque chose de soi à l’humanité.

 

Pourquoi écrire sur Moi ?

« Toi, tu dois parler pour ceux qui n’ont pas la parole. Tu dois prendre la défense de ceux qu’on abandonne. »

 

Imaginez-moi assise devant mon ordinateur, transpercée d’une multitude d’émotions humaines. Ecoutez cette symphonie qui se joue là, pendant que je me remémore mon enfance et que je rejoue les scènes de mes traumatismes. Mon esprit se tord, s’éprouve, se déchire et je tente de retranscrire les émotions de ces instants dramatiques. Je suis en train d’écrire sur moi. C’est une souffrance. Autant qu’une libération. Une catharsis.

J’aime les catastrophes intérieures, les cris silencieux qui s’écrivent, et que le lecteur entendra comme si j’étais là, tout près de lui, à murmurer dans son oreille. Un peu comme s’il m’entendait lui murmurer ces phrases écrites dans mes autres romans qui sont des fictions, ces phrases qui me ressemblent, me disent, me permettent de construire un pont entre lui et moi. Car même dans mes autres romans, je me livre en filigrane.

Si j’écris sur moi, c’est avant tout pour délivrer le silence des autres. Parce que je sais combien il est difficile de dire l’indicible. Parce que j’ai trouvé en moi la force de ne plus avoir peur. Que cette force, je veux qu’elle serve aux autres, les victimes abandonnées.

Ainsi, c’est la prédominance des personnalités des personnages que j’aime à décrire dans mon autobiographie. Principalement, ma personnalité. Mes failles, mes peurs, mes relèvements. J’aime à décrire mes contradictions, mes ambivalences, tout ce que j’ai ressenti durant mon enfance. J’ai tenté de décrire au plus proches mes cicatrices et mes blessures ; mes fractures du cœur ; mes déchirements.

Comme dans mes romans, il y a très peu de personnages dans cette autobiographie centrée sur ma mère, mon beau-père et moi. J’ai volontairement très peu parlé de certaines personnes, pourtant importantes dans mon chemin de vie. Je n’ai pas jugé opportun de tout dévoiler. Ce n’est pas du mensonge. Ce n’est pas de l’oubli, ni de l’amnésie. C’est une omission volontaire, réfléchie, et consciente.

 

Comment écrire sur soi ?

« Sans émotion il est impossible de transformer les ténèbres en lumière et l’apathie en mouvement. » Carl Gustav Jung

 

Je ne sais pas s’il y a une norme précise à respecter lorsque l’on écrit sa vie. A partir du moment où l’authenticité prône par-dessus tout dans un récit de vie, je pense que l’auteur a la liberté de se raconter, en essayant de prendre un certain recul sur lui-même, sans pour cela ne pas oser dévoiler des choses qu’il pourrait considérer comme honteuses, ou politiquement pas correctes. Il est essentiel de donner des détails qui apportent une vraie valeur au témoignage. Lorsque l’on écrit Sa Vie, on raconte sa propre version qui peut être différente de la version que les autres auraient racontée. Personne ne peut se mettre dans la peau de ce qu’à vécu de manière émotionnelle le narrateur.

Ecrire sur soi, pour mériter le titre d’autobiographie, se doit d’être sincère et complet. Ecrire sur soi est une confession intime, un drame psychologique révélateur des tréfonds de l’âme. Ecrire sur soi, c’est signer un pacte avec son lecteur.

 

L’Autobiographie comme outil de résilience

« L’écriture est la peinture de la voix. » Voltaire

 

L’écriture est une forme d’art-thérapie. En ce sens, elle permet de surmonter les obstacles que représentent les traumas causés par les chaos de l’enfance. Peu importe la nature du trauma, le processus de reconstruction entamé par les victimes peut se faire par différentes voies, et notamment par celle de l’écriture d’une autobiographie. C’est en partant à la découverte de soi, en mettant en épisodes le récit de sa vie, que l’auteur concrétise peu à peu sa résilience. Bien sûr, la mise en mots seule ne suffit pas. Selon la gravité du trauma, différentes stratégies de résilience seront nécessaires comme celles fournies par les différentes formes de thérapies.

Comme je l’explique dans mon livre, j’ai utilisé plusieurs moyens pour m’aider à la résilience, celle-ci reposant en grande partie sur le potentiel qui dormait en moi, prisonnier de mes croyances, de mes conditionnements, et de l’ensemble des mécanismes de défense mis en place. Ce livre écrit à 56 ans n’est que l’ultime étape de mon long cheminement de résilience. Je n’en ai pas terminé avec cette quête de moi. Elle est l’œuvre de toute une Vie.

 

Quelle utilité peut-on trouver à travers la lecture d’une autobiographie ?

« Il faut faire aujourd’hui ce que tout le monde fera demain. » Jean Cocteau

 

L’essentiel dans une vie est de faire ce pourquoi on a le sentiment d’être apparu en ce monde. Je fais partie de ceux qui croient que nous avons une mission, que cette mission donne un sens à notre existence. Je souhaite que mes années de souffrance servent aux autres, et qu’à travers la lecture de cette autobiographie, leur souffrance puisse trouver une voie d’apaisement. En effet, la lecture d’une autobiographie peut se révéler être libératrice à la fois pour le lecteur et l’auteur. Elle est dans son effet miroir, un renvoi au propre vécu du lecteur, vécu qu’il n’a pas lui-même mis en scène par l’écriture. A travers ce jeu de miroir, l’identification se met en place, et permet alors la catharsis. De ce point de vue, la lecture d’une autobiographie est utile et bienfaitrice.

 

Thalia remmil

 

 

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