Au Pays d'Elles

du trauma de l’enfance à la conquête de soi : De la difficulté de la vie conjugale lorsqu’on a été victime d’inceste

Inceste et Relations Amoureuses

« Seul l’amour peut garder quelqu’un vivant. » Oscar Wilde

 

 

Dans cet article, j’aimerais aborder le thème des relations amoureuses lorsque l’on a été victime de liens incestueux durant l’enfance, l’inceste, ce mal aux multiples conséquences.

Comment entrevoir la relation intime avec un homme lorsque l’image du père ou re-père (beau-père), a été sabotée aux premières lueurs de l’enfance ou de l’adolescence, alors que le jeune cœur de l’individu ne demande qu’à aimer et être aimer ?

Comment savoir ce qu’est véritablement la relation amoureuse lorsque les référents parentaux ont truqué les cartes, faisant croire qu’il s’agit d’amour alors qu’il ne s’agit que de perversité ?

Comment une victime d’inceste peut-elle construire une vie affective et sexuelle lorsque les bases ont été inculquées dans un contexte intrafamilial en inadéquation avec l’idée même de l’amour ?

 

Dans mon autobiographie, j’aborde de façon personnelle toutes les conséquences de l’inceste dans ma vie de femme. Bien au-dela de l’inceste, il y a eu dans mon cas un lavage de cerveau qui a conditionné ma personnalité. Si nous sommes de par notre éducation, emprisonnés dans nos croyances, elles-mêmes inscrites depuis notre plus jeune âge, le fait que certaines personnes – notemment nos parents -, utilisent des procédés afin de reconditionner notre libre-arbitre, reste de la manipulation. Cela ne peut en aucun cas être de l’amour. Le jeune cerveau de l’enfant ne peut concevoir que ses parents ne l’aiment pas, alors il est facile de le mettre sous influence. Tout comme il est aisé de s’attaquer à toute forme de vulnérabilité.

Pour en revenir au sujet qui m’interesse ici, les survivants de l’inceste ont de grandes difficultés à construire des relations intimes et conjugales qui soient satisfaisantes. Biensur, la relation de couple reste un challenge pour tout individu et maintenir une vie de couple harmonieuse demande beaucoup de courage et de perseverance. Beaucoup d’Amour, je dirais ! C’est là que le bas blesse lorsqu’on a aucune idée de ce qu’est justement l’Amour !

 

L’Inceste : Défrag du système

« Dans mon grand monde de femme, il y a cette fragile enfant qui pleure dans son tout petit monde. » Thalia Remmil

 

Parce que le cerveau fonctionne un peu comme un ordinateur avec les émotions en plus, il est nécessaire de faire une défrag de temps en temps. Réorganiser le disque dur. Non pas pour ne faire qu’améliorer la rapidité d’accès aux informations, mais bien plus pour faire le tri entre ce qui nous appartient vraiment et ce qui nous a formaté mais qui ne nous ressemble pas. C’est là toute la richesse de l’être humain : la quête de soi !

Il est quasi impossible de construire une histoire d’amour durable et épanouissante sans faire ce travail au préalable de défrichement, un peu comme si nous voulions arracher toutes les mauvaises herbes. Moi, dans mon tout petit monde, j’ai été envahi de mauvaises herbes, mais je pensais qu’elles étaient des roses. Je n’avais pas vu que les épines étaient aussi piquantes, et que la note de mon enfance serait aussi « pimentée ». C’est sympa le piment dans la vie à deux, mais trop d’assaisonnement peut devenir dangereux ! Dans mon grand monde de femme, j’ai fait un important travail sur moi pour que mon jardin devienne plus fleurissant. Parce qu’on ne peut pas construire une relation saine sur des charbons ardents, et qu’on ne peut pas passer sa vie le cœur sur les braises.

 

L’Inceste : repérer les liens toxiques

« Les mécanismes de l’emprise s’installent, lorsque fragile, nous offrons à l’autre la clé de notre esprit. » Thalia Remmil

 

Et oui, cela fait partie du chemin sinueux des survivants de l’inceste : les failles font que les prédateurs s’infiltrent très facilement. Nombreux sont les liens toxiques entretenus durant de longues années jusqu’à ce que la réconciliation avec soi-même permette de reconnaître la dangerosité de ces relations « perverses » qui n’ont rien à voir avec une quelconque idée de l’amour. Progressivement, mais tardivement, j’ai appris à déceler les personnes qui se disent « des personnes bien sous tous rapports » et qui ne sont que des personnes manipulatrices, calculatrices et intéressées. Je sais aujourd’hui faire la part des choses, et ne plus accepter l’inacceptable. Je flaire désormais l’odeur nauséabonde des hommes « prédateurs », les loups comme je les appelle, et je ne les laisse plus m’approcher. Cela fait partie de la désintoxication à la dépendance affective, c’est un difficile chemin que d’en comprendre les rouages pour enfin s’en libérer. Un dépendant affectif n’aime pas, il est juste dans un besoin de l’autre pathologique.

 

L’inceste : Apprendre à Aimer

« Aimer, ce n’est pas seulement aimer bien, c’est surtout comprendre. » Françoise Sagan

Apprendre à aimer, large programme ! J’ai longtemps pensé que je savais aimer parce que je suis une personne altruiste, empathique et débordante d’amour. Puis, aujourd’hui, alors que j’analyse mon parcours « amoureux » et les différentes relations conjugales que j’ai expérimentées, je me rends bien compte que j’étais dysfonctionnelle. Je rentrais dans mes histoires d’amour sans me poser de questions, juste parce que je ne me supportais pas seule, parce que j’avais peur de ne pas réussir à faire ma vie seule, parce que l’autre arrivait comme un sauveur dans ma vie. Aimer, c’est surtout comprendre ! Comprendre les influences négatives que l’inceste a eu sur mes relations amoureuses, comprendre les cheminements de mon esprit blessé, comprendre tous les transferts sur les autres que j’ai pu faire à cause de mes traumas d’enfance. Se comprendre pour mieux comprendre l’autre qui entre dans sa vie. Une victime de l’inceste aura tendance à osciller entre méfiance et grande dépendance affective, et à s’enfermer dans des relations toxiques de manipulation psychologique.

 

L’inceste : Accepter d’être estimable

« S’aimer soi-même, c’est l’assurance d’une longue histoire d’amour. » Oscar Wilde

 

Accepter que l’on puisse être estimable ! Suffisamment pour être aimée !

Mais avant tout, s’accorder la valeur juste de ce que l’on est. Lorsque la confiance a été bafouée par les personnes censées nous protéger – pour moi, il s’agissait de ma mère et mon beau-père -, il est difficile de se sentir dignes d’être aimé. On peut donner sa confiance trop facilement ou bien avoir du mal à l’accorder. Il est nécessaire d’apprendre à repérer ses propres besoins, apprendre à s’accorder l’amour de soi-même, indispensable pour bien aimer l’autre. L’estime de soi est la condition essentielle pour la rencontre amoureuse, car elle conditionne le respect mutuel, autant que le respect à sa propre personne. J’ai compris à travers mes relations aux autres, particulièrement mes relations aux hommes, que je ne savais pas instaurer mes propres limites, et que cela me faisait courir le risque de la transgression des limites de l’autre. J’ai compris que je remettais en question trop souvent la légitimité de mes ressentis, de mes besoins, de mes désirs. J’ai appris à mettre une juste distance entre l’autre et moi, surtout en début de relation. Je me suis donné le droit à cette longue histoire d’amour avec moi-même, et c’est ainsi qu’aujourd’hui, je me sens « estimable » et capable de vivre une relation de couple sans rejouer les scénarios abusifs de l’enfance abusée.

 

Thalia Remmil

 

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