Au Pays d'Elles

du trauma de l’enfance à la conquête de soi : De la difficulté de la personnalité et du vrai-self

Inceste et faux-self

« Le courage, c’est d’être vous-même chaque jour dans un monde qui vous dit d’être quelqu’un d’autre. »

Dans cet article, j’aimerais aborder le thème de la personnalité lorsque l’on a été victime de liens incestueux durant l’enfance, l’inceste, ce mal aux multiples conséquences.

Comment être véritablement soi-même alors qu’en tant que victime des autres, de la manipulation mentale des autres, de l’abus de vulnérabilité exercé par les autres ?

Comment savoir ce qu’est véritablement notre propre personnalité lorsque les référents parentaux ont truqué les cartes, nous faisant croire par des jeux subtils de lavage de cerveau que nous sommes ceux qu’ils veulent que l’on soit ? Pour servir leurs intérêts.

Comment une victime d’inceste peut-elle construire une vraie personnalité, la sienne, lorsque les bases ont été inculquées dans un contexte intrafamilial en inadéquation avec l’idée même d’individualité ?

Dans mon autobiographie, j’aborde de façon personnelle toutes les conséquences de l’inceste dans ma vie de femme. Bien au-dela de l’inceste, il y a eu dans mon cas un lavage de cerveau qui a conditionné ma personnalité. J’ai été un faux-self pendant de nombreuses années, un peu comme si d’autres avaient une télécommande pour téléguider toutes mes pensées, mes actes, mes désirs. Emprisonnée dans mes croyances, je n’avais plus mon libre-arbitre. Les enfants sont des esprits neufs maléables à souhait. Le jeune cerveau de l’enfant ne peut concevoir que ses parents ne l’aiment pas, alors il est facile de le mettre sous influence. Tout comme il est aisé de s’attaquer à toute forme de vulnérabilité.

Pour en revenir au sujet qui m’interesse ici, les survivants de l’inceste ont de grandes difficultés à savoir qui ils sont vraiment  car leur personnalité a été « exterminée ».

L’inceste est un tueur de pensées propres à la victime, le prédateur incestueux est un voleur de personnalité.

L’Inceste : un enfant réduit à n’être qu’un objet

« Personne ne m’a appris à être un individu à part entière ; je n’ai été qu’utile, servant aux autres à remplir leur propre vide existentiel. » Thalia Remmil

Parce que l’enfant qui est réduit à un état d’objet pour servir les intérêts des adultes ne peut absolument pas devenir sujet ; il ne peut pas développer sa personnalité ni même avoir le désir d’être puisqu’il n’est aux yeux des autres qu’une chose utile. C’est bien ce qu’il se joue dans la relation incestueuse.

Je suis devenue le jouet de la manipulation malsaine de mon beau-père, avec la complicité de ma mère. Souvent pour les prédateurs, il ne s’agit que d’un jeu. Il y a le chat et il y a la souris. La souris est d’emblée emprisonnée dans les griffes du chat qui se garde bien de garder sa proie saine et sauve, afin que le jeu sadique et pervers puisse durer le plus longtemps possible. Mon beau-père avait besoin de moi pour alimenter son cerveau déviant et sa philosophie de vie fantasque. Moi, comme l’explique Françoise Dolto, je me suis « laissé mourir » ou « dévivre » car je n’avais que cette solution pour me défendre.

C’est ainsi que les victimes d’inceste développent un faux-self, en devenant la chose animée des désirs de son prédateur.

L’Inceste : une faille béante où s’infiltre le mal

« Je n’étais qu’une faille béante, une blessure narcissique qui a été la voie royale à la perversité des autres. » Thalia Remmil

Oui, cela fait partie du chemin sinueux des survivants de l’inceste : les failles font que les prédateurs s’infiltrent très facilement. C’est ainsi que se structure le faux-self chez l’enfant abusé. C’est ainsi que la mémoire traumatique d’un enfant est tatouée et que sa personnalité ne peut se structurer parce qu’il a été victime de multiples traumatismes alors qu’en plein développement affectif, son innocence est choquée au point de sidération.

L’esprit d’un enfant est une faille, qui peut ne peut se remplir qu’avec la nourriture qu’on lui sert. Cette nourriture est un poison lorsqu’il s’agit de relations incestueuses. Un esprit meurtri, trahi par les instances parentales, celles par qui la confiance est censée être inculquée. C’est un self brisé qui aura bien des difficultés à se reconstruire face à la plus haute trahison qu’un enfant puisse connaître, celle ordonnée de ses parents. L’inceste est le plus grave des traumas d’amour, car il touche au plus grand des amours.

 

L’inceste : Comprendre qu’on est un faux-self

« C’est un face-à-face éprouvant que de s’avouer n’être qu’un leurre. » Thalia Remmil

Ça m’a demandé des années pour accepter d’entendre ce que je me refusais d’entendre : je me faisais vivre des choses inacceptables pour l’amour de parents qui ne m’aimaient pas, ne m’aimeraient jamais quoi que je fasse.

J’ai reproduit ce schéma dans ma vie de femme pour l’amour d’un homme qui ne m’a jamais aimée, parce qu’il ne sait pas aimer, parce qu’il est un prédateur qui avait trouvé en moi, la proie parfaite. Le chemin est long avant de comprendre que l’on est encore tombé dans le piège de l’amour. Le piège des fausses « bonnes intentions », le piège des fausses « vraies valeurs », les faux « tons de l’humour », le terrible « c’est pour ton bien ».

Comprendre que l’on a été dans une logique de relation toxique, dans un jeu de manipulation dramatique, demande des années de souffrances, d’introspection et d’acceptation de la vérité. Il faut accepter de se dire « oui, c’est mon histoire, cette entreprise massive de démolition. »

Accepter de se dire que c’est justement parce qu’on a été une victime qui s’est construit une fausse personnalité, qu’on a laissé la perversion narcissique et son lot de co-équipiers s’infiltrer en soi : calculer, infantiliser, rabaisser, dominer, surveiller, contrôler, mentir, tromper, trahir, agresser, intimider, vampiriser, nier l’existence de l’autre, lui voler sa belle lumière. Voilà ce qu’est l’entreprise de démolition de ce prédateur.

L’inceste : Accepter de devenir qui on est vraiment

« Devenir qui on est vraiment, c’est l’assurance de prendre sa vie en mains, sans en donner la clé de contact. » Thalia Remmil

Le self est selon Donald Woods Winnicott qui a beaucoup étudié cette notion, la partie la plus créatrice de notre personnalité, celle qui donne le sentiment d’exister, celle qui nous donne l’impression de notre identité, de notre intimité. Le vrai-self est un état dans lequel l’individu a confiance en lui, confiance en son environnement et réussi à s’accepter lui-même, pendant que le faux-self se construit comme une adaptation permanente à l’environnement. Le faux-self est un écran social, qui recouvre la personnalité tel un vernis, parce que l’environnement est considéré comme dangereux, et qu’il faut donc mettre sous protection le vrai-self.

Acquérir son vrai-self et le laisser s’exprimer serait donc un travail basé sur la confiance restaurée en soi et en les autres, et sur cette quête de soi dont je parle si souvent. Un véritable combat contre un faux-self tyrannique, construit comme une armure qui n’a plus lieu d’être.

L’inceste : Le vrai regard de l’amour

« Ça s’appelle aussi l’amour. Les moyens de devenir soi-même grâce à un autre qui te regarde et qui t’aime pour toi, pas pour une image idéale de toi. » Katherine Pancol

Je terminerai cet article sur la notion du regard de l’amour dont je parle souvent dans mes livres, tant je me rends compte que ce regard dont on a manqué durant l’enfance a marqué au fer rouge toute notre personnalité.

A cause de cette attente de ce regard d’amour, à cause de cette dépendance affective qui a encerclé mon cœur, je suis tombée dans les pièges du faux amour. Le faux amour, c’est cette illusion que vous donne l’autre pour mieux vous asservir. Personne ne doit se manquer de respect au point de devenir esclave de l’amour qu’il pense être indispensable à sa vie.

L’amour est le soleil de l’âme – Victor Hugo – il a juste besoin d’être vrai.

Le regard de l’autre n’est pas ta prison, il est ta liberté. Apprendre à regarder, c’est ne plus laisser l’autre te déformer, de ses mots t’affaiblir, de ses actes te soumettre, de sa perversité déguisée te séduire pour mieux te dévorer.

Le regard de l’autre est un écrin dans lequel en confiance, tu régales ton âme.

Thalia Remmil

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