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Photos Nathalie pour site Thalia Remmil-page-001

Pourquoi Tendresse Aveugle, le premier roman de Thalia Remmil, nous parle t-il autant ? Au-delà de l’intrigue psychologique, Tendresse Aveugle est sous tendu par la quête d’une petite fille à retrouver sa mère quoi qu’il en coûte. Derrière cette intrigue, la métaphore du manque psychologique de la mère éclaire nos blessures d’enfance.

« Te voilà, mon fils. Ton premier cri, ton premier mot sur la nouvelle page de ma vie. Tu n’es pas beau, tu es bien plus, tu es tout ce que je ne saurais traduire en paroles. (…). Je t’imagine déjà courir, t’éloigner de moi, je vais te dévorer ! Une presque envie qu’on te remette dans mon ventre. T’avaler tout cru et que tu sois à moi pour toujours ! »

Thalia Remmil

La mère, un monde à conquérir

L’enfant pousse son premier cri. La peur, le froid, les bruits, un Nouveau Monde s’ouvre à lui. Un monde où la fusion corporelle avec sa mère peut se briser laissant alors un vide énorme, un vide où le contact maternel est défaillant. Une mère a porté cet enfant pendant neuf mois, elle et lui ne faisait qu’un, un tout, un plein. Une présence maternelle et puis l’absence. La mère et l’enfant liés se désunissent, c’est un drame. Un drame pour ce futur adulte qui va devoir se créer à partir de ses manques ; de ce manque incommensurable. Toutes les mères ne sont pas comme l’héroïne de mon premier roman, Tendresse aveugle. Toutes les mères n’ont pas en elles cet amour inconditionnel, incarnation de l’Amour maternel universel. Non, certaines mères sont absentes, quelquefois sans vraiment le vouloir, parce qu’elles n’ont pas reçu elles-mêmes cette nourriture de l’âme qu’est cet amour.

La mère, nourriture de l’âme

« A trente-deux ans, sous une écrasante chaleur d’été, je deviens mère ; ce sentiment de complétude repeint haut en couleur toutes les fêlures de mon cœur. »

Une mère qui ne nourrit pas son enfant de cet amour sans condition vient instaurer des carences affectives qui laisseront le petit affamé, assoiffé, en luttes intestines incessantes pour se faire aimer. Oui, tout faire pour se faire aimer. Tout faire pour attirer à soi ce regard inestimable qu’est celui de la mère. Un regard qui peut instiller la peur, le rejet, le chantage affectif, le sentiment intérieur d’abandon caché toute une vie au fond de soi. Un regard qui peut instiller l’emprise maternelle. Car le manque de la mère est aussi là, dans sa présence.

La mère, une présence dans l’absence

« – Pourquoi est-ce que Maman n’est plus là, papa ? lui demanda-t-elle pour la énième fois. De nouveau, il lui expliqua qu’elle avait été obligée de repartir vivre en Afrique (…). – Cela ne veut pas dire qu’elle nous a abandonnés ! (…) Ta mère t’aimait plus que tout au monde ! Tu étais dans son cœur comme un soleil qui jamais ne cessera de briller, n’en doute jamais, ma fille ! Nahéma se nourrit de cet astre plus étincelant qu’un diamant (…). »

Extrait Tendresse Aveugle. Thalia Remmil

La mère présente dans l’absence. La mère absente dans la présence. Le déséquilibre émotionnel de l’enfant qui se construit sans le regard aimant de cette figure d’ancrage, ou avec le regard déstructurant de cette figure d’attachement.

La mère, le trauma lié à l’attachement

« Assise par terre, son gros coussin plaqué contre elle, Nahéma, les yeux hagards, entame l’aube d’une enfance nébuleuse. (…). Elle a tout juste cinq ans, sa vie vient d’être chamboulée à jamais. »

Extrait Tendresse Aveugle. Thalia Remmil

Comment se construire avec les blessures d’attachement ? Comment grandir sainement et de façon équilibrée lorsque l’enfant ne se sent pas protégé, ou bien se sent négligé ? Lorsqu’il ne trouve pas de réponse à un appel d’urgence qui va résonner en lui comme un abandon ? Comment ne pas se sentir dévasté face à l’absence dévastatrice de la mère, trauma alors indélébile.

Nahéma n’a que cinq ans lorsqu’elle sa mère disparait de sa vie. Cinq ans et toute une vie de reconquête. Toute une vie pour retrouver cette perte et pour trouver sa vérité. Une absence non expliquée, une frustration vécue comme une plaie ouverte qui jamais ne cicatrise. Une quête de réconciliation et de reconnaissance. Un voyage intérieur d’ancrage, de connexion avec la réalité. Une recherche infinie pour combler le vide, pour combler le sentiment d’insécurité permanent, pour apprendre à s’aimer, pour se réconcilier avec soi-même, s’estimer, se faire confiance, trouver les armes et les ressources pour surmonter le manque, l’impitoyable manque.

La mère : processus de l’écriture

« Lorsqu’elle écrivait, elle se sentait vivante, indépendante, émancipée. Non pas qu’elle se sentît aliénée, chevillée à son père, mais au travers des mots, elle rompait le lien avec toutes les contraintes de la vie quotidienne, s’octroyait le droit à l’évasion.

Extrait Tendresse Aveugle. Thalia Remmil

Modiano écrit :

« l’absence d’une mère est une profonde souffrance, un manque violent impossible à combler. »

Clémentine Autain dans son roman Dites-lui que je l’aime décrit avec beaucoup de tendresse sa mère qui l’a délaissée et qui s’est bousillée l’abandonnant ainsi prématurément.

Albert Cohen dans son roman Le livre de ma mère évoque une mère sublime, magnifique des sacrifices qu’elle a su faire pour lui.

Marcel Proust écrit son amour fusionnel pour cette mère possessive, omniprésente et aimante.

Madame de Sévigné nous laisse des lettres somptueuses et quotidiennes écrites à sa fille Madame de Grignan, signant ainsi un Amour pour elle, presque insaisissable tant il est infini, éternel, inconditionnel, absolu, immense tel un ciel étoilé.

La figure maternelle inspire les écrivains. Qu’elles soient le diable réincarné, envahissantes, toxiques, perverses, manipulatrices ou son contraire, aimantes, dévouées, divines, « démentes d’amour » comme le dépeint Christian Bobin lorsqu’il parle de la mère, souveraine de l’Amour, « Elle est belle en raison de cet amour dont elle se dépouille pour en revêtir la nudité de l’enfant. »

Ecriture et mère sont-elles liées ? Très certainement à en croire les écrits nombreux et intimes, des relations entretenues entre les écrivains(es) et leurs mères.

La mère, l’écriture, la résilience

« A trente-deux ans, elle devenait complète. Elle comblait les interstices restés sans réponse, prenait forme dans un Nouveau Monde, refleurissait au milieu d’un champ de coquelicots. (…). Un cœur libre d’exprimer en silence les hurlements de ses souffrances travesties ; libre d’exprimer en confession les murmures de ses bonheurs démasqués. »

Ecrire pour remplir le vide, mettre des mots pour exorciser le manque, faire couler l’encre comme une berceuse rassurante, poser des phrases sur l’indicible, créer le visage de l’amour sacré, la mère, ce monde symbolique qu’il nous faut parfois inventer pour mieux guérir. Rêver ce premier idéal, déjouer le manque par le jeu subtil de l’écriture libératrice. Le manque d’une mère est sans conteste un vrai moteur dans le processus d’écriture, elle-même un vrai moteur dans le processus de résilience.

L’écriture, la reconnaissance

« Lorsque j’ai reçu l’appel téléphonique de la maison d’édition Romans du Monde pour éditer mon roman La Force de son Cœur, alors j’ai cru en moi. Mon acharnement commençait à payer. C’est cela, je suis une acharnée patiente, qui un jour a décidé de ne plus rien lâcher. (…). L’éditrice m’a demandé pourquoi je voulais publier sous pseudonyme Mahe Na. Je lui ai dit (…), et que ce nom de plume m’appartenait, ne se rattachait qu’à moi seule. L’écriture, seul rêve pour lequel je m’étais battue seule ! »

Il est nécessaire de guérir « la mère », guérir ce lien d’attachement avant que de pouvoir se reconnaitre dans son propre lien d’amour de soi et d’enfin s’appartenir. Faire la paix avec le manque, réconcilier l’absence et la présence, éclaircir les tonalités, laisser danser la mère au-dessus des flots, aussi légère et séduisante que la plus enchantée des nymphes.

« On n’oublie jamais une maman. Neuf mois peau contre peau (…). Implantée aussi sûrement qu’un tatouage. »

Thalia Remmil

Thalia Remmil, femme, mère, auteure.

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