Au Pays d'Elles

Du Trauma de l'Enfance à la conquête de soi

CHAPITRE 8 - Les traces indélébiles

« Tant que vous n’aurez pas rendu l’inconscient conscient, il dirigera votre vie et vous appellerez cela le destin. » Carl Jung 

Nous sommes aujourd’hui vendredi 2 octobre 2020. Je viens de prendre rendez-vous avec une psychothérapeute qui pratique l’hypnothérapie et l’IMO (intégration par les mouvements oculaires). Je pense qu’il me faut encore aller chercher plus profondément en moi les dernières résistances. Je les sens qui m’empêchent d’être dans un total lâcher prise. Je sens que les barreaux de ma prison me mettent encore trop souvent sous les verrous et conditionnent mes états d’âmes.  Je ne veux pas dans ce livre aborder de manière trop technique les choses mais il est important que je mette quelques définitions sur certains mots. L’IMO est une pratique qui permet par stimulation neuronale une réparation des blessures psychologiques. L’hypnothérapie est l’art de dialoguer avec l’inconscient, dans son langage particulier, afin de solliciter les ressources nécessaires au changement.

J’ai tenté tellement de méthodes depuis quinze ans que je peux bien entreprendre de nouvelles approches, tant il est essentiel pour moi aujourd’hui de me libérer de mes chaines. Me dire que je suis manipulée dans mon propre corps, par mes propres barrages, est un constat que je ne peux accepter sans m’efforcer d’y trouver une solution. Défier et braver mes blocages, ceux que j’ai mis en place lorsqu’enfant mon instinct de survie s’est éveillé pour me permettre de demeurer « saine d’esprit », est un challenge auquel je m’attache avec force et conviction.

Le corps nous parle avec insistance jusqu’à ce que nous décidions de l’écouter. Le mien, abandonné tel un objet dangereux dont il faut se méfier, n’a eu de cesse de crier ses désaccords. Je l’ai laissé avec ses jérémiades ; il s’est bien fait entendre et de plus en plus fort. Je ne saurais dire combien de maux j’ai dû subir sans jamais en comprendre le sens, et combien de somatisations mon organisme a déployé croyant se protéger de souffrances psychologiques. Toute jeune déjà, j’étais sujette aux crises de foie, aux infections urinaires, aux migraines, aux troubles gastro-intestinaux, mais aussi aux troubles gynécologiques. Bien-sûr je me pensais vraiment malade, et bien-sûr tous les examens étaient normaux ne révélant aucun souci d’une quelconque maladie. Pourtant les symptômes physiques persistaient malgré les bilans négatifs répétés. Je portais en moi les traces d’une maladie qui ne peut se soigner avec des médicaments, le seul remède étant l’amour si mal donné, si peu donné, de ma mère complice de mon beau-père dans tous ses actes, de mon père absent la plupart du temps et qui n’était au courant de rien. Cet amour au rabais, dysfonctionnel et pervers, je le respirais comme on aspire et rejette l’air de nos poumons. Il était comme un venin disséminant le « mal a dit », le mal au ventre, le mal à la tête, le mal au cœur, le mal à l’âme. Cet amour malsain était le peu que je recevais, et ce peu, était tout.

Je n’étais pas différente des autres enfants ; j’aimais ma mère, mon beau-père et mon père comme on aime lorsqu’on est enfant. En totale confiance.

Je fais une parenthèse pour vous confier combien il est difficile pour moi d’écrire ces mots. C’est grâce à ce flot d’émotions qui me submergent que je suis convaincue des traces indélébiles inscrites à jamais lorsque les mécanismes du traumatisme de l’enfance continuent d’asséner leurs effets nuisibles sur le corps et le mental. La vérité est là. La vérité se farde sous des couches de maquillage, mais elle est là. Les larmes qui coulent de mes yeux dans ces moments ne sont pas des mensonges de l’esprit. Si j’ai mal aux tripes, ce n’est pas faute d’une mauvaise digestion. J’ai mal à moi. Je parle très souvent de l’alien qui a pris forme dans mon corps. Je peux vous dire que plus jeune, j’avais le diable au corps, le regard ravageur de la femme qui se croit fatale, une bougeotte névrotique à me faire mal, un besoin indomptable de m’abreuver à la source du mâle, une peur viscérale du vide qui me poussait à me remplir coûte que coûte, de n’importe quoi ou de n’importe qui. Quitte à me détruire, quitte à risquer ma peau, quitte à finir par me vomir.

C’est exactement ça ! Je n’en pouvais plus de moi alors je me vomissais. La sexualité des enfants abusés, et encore plus des enfants victimes d’inceste, est un parcours du combattant dont je vous parlerai tout au long de ce livre. L’abus des limites personnelles et sexuelles de l’enfant par une personne de confiance, un parent, censé prendre soin de lui et le protéger, constitue une violation extrêmement traumatisante, laissant des cicatrices émotionnelles qui ont bien du mal à se refermer. C’est aussi toute la violation de cette confiance trahie, bafouée, qui engendre des dommages importants sur le psychisme jeune et innocent de l’enfant qui d’un seul coup se retrouve projeté dans un monde qui n’est pas de son âge, le monde de l’adulte. Dans ma deuxième vidéo IGTV, je vous dis combien il est essentiel pour moi de garder mon côté gamine, je fais alors un gros câlin à mon gros ours en peluche qui trône sur mon canapé car lorsque mon enfance m’a été volée, j’ai grandi bien trop vite, face à cette intrusion violente dans mon espace de petite fille. Je suis alors devenue trop grave perdant l’insouciance et la légèreté de cette prime jeunesse. Cette légèreté, je la retrouve aujourd’hui. Une sorte de désinvolture, et de détachement qui donne à ma vie un goût nouveau empli de douceur d’être. Mon regard sur l’existence a changé. Il s’est habillé d’une robe de soie, de souliers de verres, mais je n’attends pas que la citrouille se transforme en carrosse ni que mon Prince Charmant arrive sur son magnifique cheval blanc ! Modifier le regard que l’on pose sur les choses ne signifie pas croire aux contes de fées. Non, ça je peux vous assurer qu’à 56 ans avec le recul que j’ai sur la vie de couple, et l’amour, je suis beaucoup plus factuelle et réaliste, ce qui ne m’empêche pas d’être fleur bleue, romantique, rêveuse, gamine, perchée avec ma petite folie !

Malgré cela, je sens encore en moi des freins et des blocages, sans aucun doute les effets perturbants que le trauma a eu sur mon mental, ainsi que l’impact de mon vécu sur mon cerveau, car toutes les expériences s’inscrivent en nous aussi surement que les mots sur cette page blanche.

C’est la raison pour laquelle j’ai pris la décision de recommencer un travail en thérapie et que mon premier rendez-vous est pris pour mardi prochain. Je vous ferai part de mes ressentis, une fois que j’aurais fixé avec la thérapeute quelle méthode serait la plus appropriée à me délester du poids qui me pèse encore, et qui empêche la véritable paix intérieure. J’avoue que je suis très curieuse envers tout ce qui touche à la psyché humaine, ce n’est pas pour rien que j’écris des romans psychologiques ! J’aime décortiquer les âmes humaines, j’aime disséquer la mienne, et ainsi déconstruire tout ce que certains autres ont, par un lavage de cerveau acharné, réussi à construire en moi. Ce n’est plus alors une histoire de destin, mais bien de choix : celui d’apprivoiser mon inconscient, celui de couper les liens de loyauté inscrit depuis des années, celui de débusquer les douleurs de l’enfance que j’ai mises sous le tapis, celui de créer un nouveau programme dans ce grand ordinateur qu’est le cerveau humain. Ce choix, je l’ai fait depuis l’année 2000, lorsque je me suis enfin décidée à consulter. J’avais trente-six ans, j’étais esquintée, ma vie déraillait. Cela faisait un bail qu’elle déraillait, et que j’étais absente à moi-même.

J’ai onze ans, allongée sur mon lit, les yeux hagards, j’entame l’aube d’une adolescence nébuleuse. Comme beaucoup d’enfants, je m’invente un monde fantastique peuplé de présences angéliques auprès desquelles je vais me sentir en sécurité. Des voix venues d’ailleurs, dans les arcanes de mon imagination, de ma foi en la vie, en l’amour, en l’humanité. Je ne suis qu’une enfant, ma vie vient d’être chamboulée à jamais. Je suis la petite Nahéma, l’héroïne de mon premier roman Tendresse aveugle. Ma mère aussi m’a « quittée » et toute ma vie je chercherai à captiver son attention. Toute une vie dans l’attente d’un regard. C’est ça qui me fait mal, moi je ne veux plus souffrir.

« Certaines vérités sont effroyables à entendre, mais il est parfois plus dur encore de vivre dans le doute… »

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