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Au Pays d'Elles

Du Trauma de l'Enfance à la conquête de soi

CHAPITRE 4 - Poésie vaste

« Je rêve de la plénitude du manque, d’un homme qui comblerait l’amour que j’ai imaginé. Être une femme c’est peut-être ça : être en proie à la croyance que l’amour existe. Avoir ce rêve moulé dans les os.

Ras le bol des cœurs intermittents. J’ai besoin de poésie vaste ».

La plus-que-vraie.

C’est le titre du premier chapitre du dernier roman d’Alexandre Jardin.

C’est un peu moi. Un peu beaucoup. Quelquefois pas du tout. Parce que j’ai été une autre si souvent. Parce que je me suis perdue dans mes illusions. Dans ces chimères que je croyais tellement réelles qu’elles faisaient de moi une authentique menteuse d’elle-même. Ça oui ! Me mentir à moi-même, je suis championne du monde catégorie poids léger, je pèse cinquante-trois kilos toute mouillée et habillée, après le petit-déjeuner pour 1m73, c’est vous dire que je ne pèse pas lourd. Non, je ne pèse pas lourd sur la balance de la vérité. Pourtant, je la cherche. En ce moment même je la cherche. Mon métier : chercheuse. Toute une vie à tenter de trouver. Une poésie vaste. Je fais de l’orpaillage d’amour. Des paillettes d’amour. Des trucs qui n’existent pas. A tenter de démêler le vrai du faux dans le labyrinthe de mes pensées. J’en suis où aujourd’hui ? Dimanche 9 août 2020. C’est la Sainte Amour. Ben nous y voilà. Thalia. La romantique. La rêveuse. La tendre et dépourvue de ce sentiment tueur d’amour, la haine. La combattante qui ne veut plus jamais baisser les bras, celle qui se lève tous les matins haut-les-cœurs, basta la souffrance, basta la tristesse, moi, je réclame mon droit à la liberté d’être mais surtout à la liberté d’être légère et heureuse.

Bah, c’est quoi cette pagaille ?

Oui je sais je n’écris pas toujours bien, pas toujours beau. Les métaphores ras-le-bol. Juste envie d’appeler la merde, la merde. Si j’en ai chié ? Oui. Grave. Mortel. Presque mortel. C’est vrai, j’aurais pu en crever de cette perte de moi dans un fond sans fond, dans un noir sans oxygène, dans un brouillard sans visibilité, sur une route sans panneaux, et pleine de virages. J’en ai pris des mauvaises routes, j’en ai soupé des mauvais repas, j’en ai engouffré des bêtises, des trucs que même un môme de dix ans n’aurait pas cru, Moi, j’y ai cru. J’ai cru aux choses qu’on me disait pour m’emmener dans des contrées où les loups, terrifiants loups, la gueule pleine de dents prêtes à mordre, dans le vif, le vif de ma peau, sauvagement attaquée, pas de répit pour toi, petite, saignée, ravagée, tuée…mais j’ai ressuscité. Toujours debout, je vous dis merde. A tous. A tous ceux qui ont voulu ma peau. J’y suis, à fleur de peau de tant d’années à la laisser se faire caresser par des mains hideuses, des mains malhonnêtes, des mains fouilleuses d’espoir, videuses d’énergie, entrementeuses. Voilà, encore une fois j’invente des mots. Je les invite. Qu’ils viennent à moi, je les autorise à exprimer qui voulait se frayer un chemin pour sortir, inspirer l’air qui me manque, un brin d’oxygène pour ne pas mourir tout à fait. Laisse-moi encore l’espoir. Toi, moi, je. Thalia. Ou Nathalie. On s’en fout de comment on s’appelle. Le tout c’est de savoir pourquoi on se définit et par qui. Les entrementeuses. Entre certains autres et moi, le mensonge sert de truchement, puis d’entremetteuse. Je ne volerai rien à Colette, c’est elle qui a écrit dans Jumelle : « Entre l’éblouissante étrangère et le mari de Judith, la musique sert de truchement, puis d’entremetteuse ».

Et c’est ainsi que JE me suis laissé définir. Par les autres, le regard des autres, les mots, les opinions, les injonctions. JE. Je prends la responsabilité de ma trajectoire en ce monde. Encore plus aujourd’hui, alors qu’adulte je me laisse encore malmenée, transportée dans une embarcation que je laisse aller à la dérive de moi-même, de mes besoins profonds, de mes désirs vrais. Je sais que je ne sais pas. Ni qui je suis vraiment. Ni pourquoi j’agis ainsi. Ni vers quoi je tends dans cet esprit masochiste à vouloir me faire croire que ce que je me fais vivre est ma vérité. Le fait est que j’ai juste envie de me laisser bercer par la douce illusion du bonheur qui n’existe pas. Jusqu’où est-on prêt à se jeter dans la gueule des loups pour trouver un peu d’amour ? Amour qui n’en est pas ? Amour qui à trop vouloir me rassasier ne fait que m’assoiffer. Je meurs de soif. Je jette des bouteilles à la mer, des S.O.S, à des autres qui n’ont pas soif. Pas de moi en tous cas. Soif d’eux-mêmes.

Bon sang ! Ce monde n’est pas le mien. Ne le sera jamais.

Mais Thalia, change ta vision de ce monde et tu le feras tien. Ouais…

Ouais, ouais, ouais…

Moi, j’ai ce rêve moulé dans mes os. Ce squelette ne tient debout, désarticulée sans doute, mais debout que par ce rêve. Si je ne l’atteins pas, vais-je pour autant tomber ?

Bien-sûr que non. Je ne tomberai pas. Un seul évènement pourrait me faire tomber. Laissez-moi mes enfants. Laissez-moi mon petit-fils. Laissez-moi ma famille. La souffrance, je connais. Cette souffrance-là, ne serait pas souffrance, elle serait le terminus. Pour le coup, je deviendrai cette chose inutile qu’on a pris soin de me faire croire que j’étais et on pourrait bien me jeter dans la fosse aux loups. Qu’ils me déchiquettent ! Qu’ils en finissent avec moi ! Qu’il ne reste rien de moi qu’une trace infime comme une odeur de sang sur la terre des hommes. Et que mon âme s’en aille les retrouver. Le pire est encore là. Le pire est dans cet amour inconditionnel qui peut nous faire crever du refus de vivre.

Quelle mère peut me dire qu’elle ne pense jamais à ce pire ?

La mienne.

Parce que ce n’était pas son pire. Je n’étais pas son pire. Son pire à elle, c’était son homme. « Mon Dieu, mon Dieu, mon Dieu ! Laissez-le-moi, encore un peu, mon amoureux. Mon Dieu !  Laissez-le-moi, Remplir un peu ma vie ! ».

Il y a deux chansons d’Eddith Piaf qui résument assez bien ma mère. Mon Dieu et l’hymne à l’amour.

Un gouffre entre elle et moi. Une amertume. L’amertume. La mère tue me.

Si elle a tué cette part de moi de l’enfance insouciante, elle n’a pas assassiné cette part de moi consciente et résiliente. Elle n’aura pas ma peau. Parce que c’est mon choix, ma décision, que demain m’appartienne. Parce que je me suis laissé voler hier, demain est à moi. Plus que des lendemains, des moments présents qui sentent bons les choses simples de la vie, du réel, du factuel, du ressenti, du vrai, du pur, du donné, du partagé. Que dans un seul regard, je puisse enfin te rencontrer, toi, qui me cherche aussi. Je ne cours pas après l’homme idéal. Aucun homme sur cette terre ne ressemble au prince charmant de nos lectures de petites filles. Je veux juste celui auprès de qui je me sente belle, même moche, même vieille et toute fripée, même fêlée. Il est là tout simplement, mais être là, présent à l’autre, signifie tellement. Il m’enveloppe de ces grandes ailes toutes déployées quand je me sens minuscule dans ce monde de géants. Il pose sur mes lèvres un sourire idiot, et quelle béatitude lorsque plongée dans son âme, je me sens en paix ! Il est mon tout et mon rien, il sait qu’il ne sera jamais mon unique priorité. Il est tout simplement gentil parce que sa gentillesse est sa plus belle façon d’être mon soleil, que de ses rayons, il réchauffe toutes mes peurs. Il est mon mec à moi mais ne m’appartient pas. Dans son regard, je me sens éternelle, moi qui aurais dû naître ailleurs. Et dans ces yeux, je le vois cet ailleurs. Il en fait mon paradis.

Qu’est-ce que vous croyez ? Que je déraille complétement ?

Je suis juste une audacieuse qui se donne le pouvoir d’être elle-même. Une amoureuse qui se donne le droit à sa folie. Une femme qui ose défier le diable, droit dans les yeux, lui dire d’aller bruler en enfer… sans elle.  Le seul enfer est celui dont je détiens la clé. Elle est dans ma poche. La clé du paradis, elle est quelque part dans les flammes. Je veux bien cramer vivante pour la trouver.

Qu’est-ce que vous croyez ?  Que je vais me transformer en rôti saignant, délicieuse viande à déguster sans retenue ?

Venez, montez dans le train fantôme de cette histoire, la fin n’est pas écrite, elle s’écrit, au fil des mots, au fils des pages, et s’il y a une chose que je ne sais pas, c’est bien qui je serai demain.

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